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Dogo Argentino
L’expression latine d’un chien de ferme universel

Ce suberbe animal est l’illustration type que la nécessité "crée" une race ; l’idée du Dogo s’est imposée d’elle-même à ses concepteurs, uniquement pour répondre aux exigences de leur vie au quotidien. Un chien solide, robuste, polyvalent, intelligent ; c’est avec cet esprit de sélection que la "construction" de ce "Cardel", fier et séducteur, courageux et fidèle, s’est imposé comme race nationale, symbolisant au mieux le caractère argentin, et, qui plus est, il ne s’agit que de simple cynophilie !

Il est également étonnant de constater que les races à l’origine du Dogo sont quasi identiques à celles qui ont participé à en élaborer d’autres, en Afrique notamment !

Bref aperçu historique :
Au tout début du siècle, l’Argentine se redresse au niveau économique, après un fort déclin. Une nouvelle ère d’expansion économique survient. Les pays européens, l’Amérique du Nord, suite à des progrès scientifiques, notamment la réfrigération et la pasteurisation, ont un besoin accru en viande, principalement bovine. Les grandes terres de la Pampa, du nord de la Patagonie, offrent l’espace nécessaire aux pâturages ; de même, l’agriculture gagne sur les régions difficiles d’accès. Les estancias s’implantent et s’étendent là où n’était que vie sauvage. Le monde agricole rentre alors en conflit avec la nature et ses différents composants, comme en d’autres régions des terres australes. La faune giboyeuse, en présence de nombreux prédateurs, est source de nourriture, mais occasionne également dégâts dans les cultures et prélèvement dans les troupeaux.
C’est dans ce contexte que, dans la première partie de ce siècle, une chasse nécessaire et conforme à l’identité de l’estanciero, vit le jour. Mais au grand dam de ces propriétaires terriens, les races de chasse importées d’Europe ou celles croisées de "type indigène" ne purent convenir ; les difficultés de terrain, la durée des traques et l’âprêté à se déjouer des chiens, voire à se défendre dans le cas de sangliers ou de pumas, ont eu vite raison de ces meutes.
D’évidence, à l’instar des circonstances rencontrées dans tout le continent américain, en Afrique, en Asie, il fallut "créer" une race capable d’assumer toutes les tâches que l’homme lui prévoyait !
En Argentine, inévitablement, l’idée d’un chien "pratique" sourdait ; au début des années ’20, deux adolescents, férus de chasse, les frères Nores, osèrent, les premiers, l’ébauche de ce qui deviendra le fil rouge de toute leur existence : le DOGO ARGENTINO.

Le dévolu fut jeté sur un type de chien utilisé au combat : le PELEA. Nous pouvons dire que, si nous parlons aujourd’hui, encore, du Pelea, c’est bien grâce, et uniquement, au Dogo, et non à ses regrettables exploits de gladiateurs ; en Argentine, les combats de chiens furent interdits, somme toute, vers 1920-1925.

Les croisements effectués le furent tous avec discernement ; chaque race apportait sa génétique, sa pierre à l’édifice ; le moindre mâtinage était soumit à l’attention d’une stricte sélection des sujets modelant le projet Dogo : un choix si attentif dans les races que tout fut consigné dans des écrits, véritables carnets de bord. Rarement une "formule d’alchimie canine" fut aussi certaine dans son élaboration !

Voici ces races :

le chien originel, de la région de Cordoba (Pelea)
le Bull-Terrier et le Bulldog, pour leur témérité et pour la couleur du pelage (pour le Terrier) ;
les Dogues Allemands et de Bordeaux, en raison du format et de la puissance, de l'agilité pour le "danois" ;
afin d’assurer la pérennité de la couleur blanche recherchée pour la robe, un chien type "Montagne des Pyrénées" (peut-être de race pure ?) fut inclus dans le programme, la blancheur permettant de mieux repérer les chiens dans la Pampa ;
les qualités indéniables de chasseur ont été apportées par l’adjonction de sang de chien d’arrêt anglais, le Pointer (flair, quête du gibier, sociabilité), et par l’Irish-Wolfhound ; ce grand lévrier était encore réputé pour la chasse aux loups et aux grands fauves, son travail silencieux et son extraordinaire pointe de vitesse.
La sélection qui s’en suivit tint compte tout à la fois des impératifs morphologiques, des caractéristiques propres à la chasse "Pampéenne" et, avec une insistance toute particulière, à la sociabilité.
Dès 1947, un standard est publié dans une revue canine, Diana ; il permit de continuer à parfaire et à harmoniser le Dogo Argentino. La race est reconnue par la Fédération Canine d'Agentine en 1964. Finalement, la F.C.I. enregistre le standard et officialise la race sur le plan international. C’est celui-ci qui est en vigueur de nos jours.
Actuellement, le Dogue Argentin est présent un peu partout dans le monde. Mais une grande tradition, Argentine mise à part, a vu le jour en Italie (où il existe de brillants élevages), aux U.S.A. (où le Dogo peut exprimer librement encore tous ses talents) et bien évidemment en Espagne et en France. Ces deux derniers pays s’affirment graduellement avec des "argentins" de qualité.
Une race dont chaque propriétaire peut s’enorgueillir, malgré des "trahisons" dues à quelques irresponsables !
L’Argentine est fière de son Dogo, la F.C.A. le prouve, en prenant comme emblème un Dogo Argentino.

Comportement, aptitude, éducation :
Ses diverses aptitudes expliquent le succès du Dogue Argentin ; elles précisent son comportement, ce qui sous-entend une éducation adaptée.
Le Dogue Argentin était à l'origine un chien de chasse, plus particulièrement un chien de prise ; cela signifie qu'il n'hésite pas, le cas échéant, à se saisir de l'animal, ou tout du moins à le forcer au moyen de multiples assauts, aboiements, morsures (au cou, pattes, museau, oreilles, arrière-main).
À la chasse, le Dogo oeuvre en ensemble de chiens parfaitement habitués les uns aux autres. Ce type de chasse appelée monteria, spécifique à l'Argentine, suppose des chiens au caractère affirmé, une certaine indépendance et une forme d'initiative, qui laissent entrevoir une discipline à leur inculquer dès les premiers mois ; à titre d’exemple, partis au loin, les Dogos doivent être rappelés ; il leur faudra donc accepter le rappel et l'arrêt à distance importante ; confiance plus que soumission : c'est ainsi qu'il est préférable de construire l'éducation du Dogo. Comme bien d'autres races, lui impliquer le principe de la méthode dite naturelle représente une efficacité des plus justes.
Cette race débordant d’énergie, la pratique de divers sports canins permettra de mieux le cerner ; le footing au quotidien est aussi un bon moyen pour développer sa musculature, ses capacités d'endurance, son goût pour les efforts soutenus ; on remarque, encore trop rarement hélas, le Dogo dans des disciplines telles que le
pistage où ses origines de chasseur lui sont en tout point bénéfiques ! Certains ont déjà réussi avec brio leur brevet de chien de défense (France) ou obtenu de très bons pointages en R.C.I. (Italie notamment). La pratique de l’agility viendra parfaire sa civile éducation ; comme d'autres races au caractère affirmé, travailler à distance sur des obstacles divers, parmi d'autres chiens, ne fera qu'améliorer sa sociabilité. Quant à la chasse, c'est un vrai débat sur l’éthique d'une telle pratique en France, voire en Europe, qui s'impose. Comme je l'ai déjà dit, la monteria, si elle puise ses racines dans la 
culture argentine, peut paraître fort discutable dans nos régions ; à l'instar de quelques races, chasser les porcs sauvages, sangliers ou autres pécaris, enclins à se défendre, ou d’autres gibiers et prédateurs de maîtrise difficile, ne sera pas sans provoquer quelques ardeurs indésirables dans le comportement des chiens au quotidien ...
toutefois en cette année 2005, une discipline de chasse  aux sangliers conforme aux codes ethiques de nos pays occidentaux voit le jour en France;sans doute là un renouveau dans l'approche de la race du Dogue Argentin par les utilisateurs et cynophiles!

Le Dogo sait aussi être un parfait compagnon ; je connais personnellement de nombreux Dogos ; leur gentillesse est réelle ; ils ont une vraie propension à rechercher le contact avec le maître et la maîtresse, la famille en général. Le Dogo, sous un aspect dur (les oreilles coupées !, la loi changera cela...) est un chien sensible, voire un peu plus pour les femelles ; ainsi donc, de la part des maîtres, il faut du doigté, de l'intelligence, pour qu'il soit bien élevé ; rien dans la conception du Dogue Argentin ne sous-entend une agressivité latente ou une difficulté à le sensibiliser. Parfois, quelques velléités à l'encontre de certains mâles surviennent ; ceci reste valable pour beaucoup de races, quelle que soit leur groupe d’appartenance ... La volonté et le comportement des maîtres à une grande influence sur ces dérives ...

Santé, entretien, alimentation :
Comme on le devine, un Dogo se doit d'être rustique ; il n'a certes pas été sélectionné pour satisfaire quelques personnes désireuses de se "montrer", mais bien pour satisfaire aux nécessités de terrain. Le poil ras n'est pas un obstacle à sa résistance aux intempéries ; quoique, évidemment, il ne faille pas exiger de lui une résistance aux températures extrêmes, comme pour un nordique ! De plus, sa robe blanche est auto-nettoyante ; revenez de randonnée où il aura alterné l'ornière boueuse et la flaque d’eau particulièrement sale, et il vous suffira de le laisser sécher dans un endroit prévu à cet effet ! L'alimentation sera toujours définie en proportion avec l'activité ou/et les conditions climatiques.
À surveiller, le retournement d'estomac, car, étant actif, il peut, après avoir mangé, vouloir s’extérioriser ... On ne conseillera jamais assez de maintenir le chien au calme, après un repas. Et puis, évitez de le laisser boire une grande quantité d’eau après un effort soutenu.

Le Dogo et l'élevage :
Le Dogo, race en vogue, dans le top des races les plus demandées, séduit de nombreux éleveurs. Ce chapitre constitue une sorte de mise en garde contre des décisions hâtives quant à sa production. Outre des problèmes liés au standard et à la selection qu'il impose, se greffent des problèmes d’ordre vétérinaire. On connaît depuis longtemps la corrélation qui existe entre la couleur blanche et la surdité ; comme il est aisé de le comprendre, voici une tare héréditaire qu'il faut surveiller, au niveau des géniteurs, bien sûr, lesquels, en France, s'ils sont atteints, ne peuvent obtenir le certificat d'aptitude à la reproduction qu'est la confirmation, mais surtout au niveau même des très jeunes chiots, dès l’ouverture des oreilles, et la formation du sens de l'audition. Les problèmes liés à la pigmentation retiendront toute l'attention de l'éleveur. Le goût du public pour les chiens très molossoides conduit quelques éleveurs à rechercher des chiens hypertypés, c'est-à-dire qui présentent une caractéristique, ou plusieurs, très exagérée(s) par rapport au type d'origine ; pour cette raison, on peut voir, parfois, des chiens avec des têtes au format excessif (le périmètre de celle-ci étant très disproportionnée par rapport au corps) ; cette esthétique qui n'est pas celle demandée, a aussi pour conséquence des mises bas plus difficiles, comme pour certaines races de "molosses lourds" ; parfois, c’est la taille très au-dessus des normes qui s'impose ; il est vrai qu’un grand de chien devient plus spectaculaire ! Mais si l’on considère sa raison première, alors, il devient inadéquat.

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